
Cahiers d’études lévinassiennes · n° 7
Le mal
17 avril 2008 · 412 pages · ISBN 2864325349
Présentation
La réflexion sur le mal sous-tend en filigrane l’œuvre de Lévinas, qui s’est efforcé de le penser en échappant à l’écueil du dualisme comme à celui de la théodicée. Dès ses premiers textes, cette réflexion, déterminante pour l’orientation de sa philosophie, est présente. Ainsi, dans le « Post-scriptum » qu’il rédige en 1990 à son article de 1934 « Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme », Lévinas y retrouve la « conviction » que « [...] la source de la barbarie sanglante du national socialisme [...] tient à une possibilité essentielle du Mal élémental où bonne logique peut mener et contre laquelle la philosophie occidentale ne s’était pas assurée. » Ces intuitions des premiers textes, passées au feu des épreuves de la seconde guerre mondiale et de la Shoa, ne cesseront de chercher leur formulation. Pointant le mal dans l’être dès 1947, dans Le temps et l’autre, il souligne l’horreur, l’impitoyable pesanteur de l’il y a, frôlant en ce sens le gnosticisme. Pourtant, à la même date, dans « Être juif », il rappelle que l’irrémissibilité de l’être juif, vécue comme malédiction dans l’épreuve de l’hitlérisme, vire de façon inattendue en exultation. Mais toujours il se refusera à penser ce retournement en termes dialectiques.
Positivement, Lévinas qualifie le judaïsme d’anachronisme. Tenté alors de faire de l’histoire le lieu du mal, il reviendra sans cesse sur l’idée d’une histoire sainte travaillant l’histoire universelle et permettant seule de la juger d’un jugement qui ne soit pas celui des vainqueurs.
Ne pas donner consistance au mal : c’est ce que prescrit l’éthique ou, mieux, la sainteté. Ne pouvant se satisfaire de la justification théorique du mal par le bien qui en résulte finalement, elle invite à penser le mal dans la trace de l’infini, comme dans le verset 45, 7 d’Isaïe, que Lévinas a choisi de placer en exergue de « Transcendance et mal ».
L’écart entre dualisme et théodicée serait le lieu où pourrait se déployer autrement la pensée du mal. C’est ce que nous avons souhaité donner à explorer, dans cette septième livraison de nos Cahiers.

Sommaire
Le mal
- Marc CréponLe mal absolu et la fraternitép. 11-23
- Jacques DewitteLe mystère du Mal et la beauté du monde. Sur le manichéisme de Gustaw Herlingp. 25-49
- Gilles Hanus,Le mal, entre facticité et théodicéep. 51-64
- Benny LévyPhilon et le langage de la philosophie. Dieu et la création du malp. 65-71
- Sophie NordmannHermann Cohen, Emmanuel Lévinas et la question de la souffrancep. 73-98
- Patricio Penalver GomezMal radical et responsabilité infiniep. 99-136
- Eli SchonfeldSur le mal élémentalp. 137-153
- Émilie TardivelTranscendance et liberté : Lévinas, Patocka et la question du malp. 155-175
Emmanuel Lévinas
- Emmanuel LévinasTout est-il vanité ?p. 179-181
- Gilles HanusCommentairep. 183-187
Lettres carrées
- Emmanuel Lévinas« L’inspiration religieuse de l’Alliance », traduit en hébreu par Elad Lapidot
Témoignage
- Roger BurggraeveUne générosité qui donne à penser. Mes rencontres avec Emmanuel Lévinasp. 193-224
Études
- Nicolas MonseuDe la philosophie de l'existence à la phénoménologie existentielle : l'attention à Chestov dans les premiers travaux de Lévinasp. 227-245
- Raphael Zagury-Orly Heidegger et Lévinas. Questions préalablesp. 247-264
Séminaires
- Alain Finkielkraut et Gilles HanusIl y a quelque chose à dire en faveur de la hontep. 267-299
- René LévyPaul. La loi, l'universel du cœurp. 301-311
- Éric MartyPourquoi le XX° siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?p. 313-314
Panorama
- Anna YampolskayaLévinas en Russie : une philosophie inattendue, dérangeante, incontournablep. 317-333