Le Dieu d'Abraham,
d'Isaac et de Jacob chez Pascal
Archives 2001-2002
Par Eric Marty
Du 28 Octobre au 3 Novembre 2002
Présenation du séminaire
Le séminaire part d'une lecture faite du mémorial de Pascal
où apparaît la formule du " Dieu d'Abraham " opposée
au Dieu des philosophes. Cette lecture se propose d'étudier l'énoncé
dans sa position d'énonciation. On remarque que de la parole de
l'Exode, Pascal ôte la première définition : "
Je suis le Dieu de ton père.. ", on remarque également
que, étrangement Pascal cite un verset de Ruth " Ton Dieu
sera mon Dieu " (I, 16) : C'est bien le Dieu d'Israël qui est
nommé ici et Pascal n'efface pas, bien au contraire, la dimension
" d'étrangeté " ou d'altérité dans
laquelle il se place en choisissant cette dénomination de l'Eternel
et en l'opposant au Dieu de Descartes. Nous proposons alors de développer
cette analyse de l'énonciation en incluant au jeu citationnel pascalien
la question du contexte de la citation à savoir la question de
l'appel et de la réquisition dans laquelle Moïse est saisi
dans L'Exode. Cette question de l'appel sera déterminante et analysée
à plusieurs reprises au cours du séminaire.
Notre propos est dans un premier temps de prendre en compte cette exclusion
qui est faite par Pascal à propos de la philosophie et nous étendons
cette question au rapport global de Pascal à la philosophie qui
pose un problème central et notamment à propos de L'Entretien
de Pascal et de Sacy où la philosophie est donnée constitutivement
comme le lieu de l'autodestruction de la philosophie, mais où malgré
tout Pascal développe un rapport duplice par rapport à elle
d'un usage détourné et oblique (usage de Descartes à
d'autres fins que Descartes etc.) Il n'y a de philosophie qu'une philosophie
du sujet mais la philosophie se découvre philosophie de l'impossibilité
du sujet et donc philosophie impossible. La christologie - comme discours
équivoque qui inclut la question de la dualité de l'homme/dieu
- est la destitution du toute métaphysique posant une anthropologie
qui brise toute anthropologie non pas en la niant - cf les analyses existentielles
de la vanité, de l'ennui, du divertissement etc. - mais en la fissurant
par la présence de l'Autre en soi : Dieu (voir l'analyse du Mystère
de Jésus : le sujet décentré par la question de l'appel
et de la réponse : s'opère alors une dissociation capitale
où il apparaît que l'altérité n'est pas l'extériorité).
Le séminaire s'organise autour d'une série d'analyse de
moments capitaux des Pensées : Misère de l'homme, Les deux
infinis, Imagination, Le Pari, Divertissement.
Notre travail s'oriente systématiquement sur la question de la
stratégie discursive pascalienne à propos de laquelle nous
opposons la rhétorique de la persuasion à une politique
de conversion : passage permanent du logico-déductif à la
traque du destinataire dans ses plus intimes retranchements (ouvrir en
lui l'abîme d'où surgira l'appel ). Stratégie de rappel
de la mémoire empirique qui maintienne l'interlocuteur en éveil
et en position d'ouverture au langage (l'appel) : le travail de Pascal
sur l'Autre ne se termine jamais sous la forme d'une proposition décomposable
(je pense donc je suis) mais sous la forme d'énoncés suspendus
du genre : "
de sorte que l'homme est plus inconcevable sans
ce mystère que ce mystère n'est inconcevable à l'homme
" ; nous posons alors la question systématique de l'énonce
pascalien qui est en fait toujours le même : tendu dans une dialectique
du miroir. Le nud dans le symbolique se dénoue dans le symbolique
dans une forme tout aussi symétrique (" Tu ne me chercherais
pas si tu ne m'avais trouvé ") L'analyse philosophique ou
antiphilosophique de chacun de ces textes s'oriente dans une problématique
double : question philosophique (épistémologique : les infinis,
le pari) question théologique (la conversion).
Eric Marty
Références bibliographiques
Références bibliographiques sur le sujet
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