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L'Institut d'études lévinassiennes

Il y a quatre ans, Benny Lévy, l'ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre ouvrait à Jérusalem un séminaire doctoral dont l'attention portait sur le rapport de la philosophie et du sensé biblique. Ce séminaire fut attaqué de diverses manières et à la fin de 1999 était menacé de disparition. Pour le défendre, Alain Finkielkraut écrit le 24 janvier 2000 dans le quotidien Libération : “C'est entre la vie de l'esprit et l'extase technique ou multiculturelle qu'il nous incombe maintenant de choisir”.

Au même moment, Bernard-Henri Lévy publie Le siècle de Sartre où il souligne le sens, occulté jusqu'alors dans l'opinion, du dialogue ultime de Sartre et de Benny Lévy. Les trois intellectuels se rencontrent ainsi pour que puisse se poursuivre l'expérience de Jérusalem. Et ils se demandent “Qu'est-ce qui nous a conjoints, par-delà nos différences aiguës ?” Et les trois juifs reconnaissent le nom qui fut cause de leur rencontre de manière décisive : Emmanuel Lévinas.

Décision - comme une reconnaissance de dette - est prise de créer un Institut Lévinas à Jérusalem. Car cette rencontre signifie la possibilité d'un lieu, d'une langue où des juifs, déchirés dans leur parti d'existence, peuvent coexister, se disputer, s'entendre, mal entendre sans doute, mais tenter de sauver les conditions de la parole qui tranche. Pour cette fragile chance de difficile unité, nous vous invitons à nous aider.

Les fondateurs de l'Institut Lévinas
Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Benny Lévy



Benny Lévy

Égaré, j'avais cru que tout est politique. Noué, la langue sèche, l'esprit vide, je me remettais à lire. Années austères. Et soudain revint le goût de l'eau. Dans l'entente “d'une parole qui rompt et dénoue, une parole prophétique. Faut-il lui faire crédit ? Rien n'est certain, mais une chance s'offre. Tentons la chance ! Faisons crédit ! La signature n'est pas mauvaise”. (Emmanuel Lévinas).

On ne me demandait plus de croire, mais de faire crédit : Emmanuel Lévinas venait de m'ouvrir le chemin de Jérusalem. Où, bien avant que je n'y vive, je me liai à Alain Finkielkraut. À Paris, la publication de mes entretiens avec Sartre - premier écho du bouleversement dont Sartre, d'abord témoin, était devenu complice - me jetait dans la fournaise. Mais, dans les rues de Jérusalem, nous parlions de Lévinas. Et puis, tout s'est accéléré : Sartre à l'hôpital, retour du Caire à Paris, mort de Sartre. Alain prend la plume, pour me défendre contre la meute. Nous ne savions pas que vingt ans après, il lui faudrait à nouveau défendre ma parole, menacée à Jérusalem, ou plutôt une “voix venue de l'autre rive”.

A Paris, sort, de Bernard-Henri Lévy, Le Siècle de Sartre. Il m'avait imaginé, sans me connaître, en “une sorte de Lénine-philosophe, préparant dans la clandestinité la plus totale, son grand soir de la pensée”. D'où me venait, au moment propice, cette adresse ? Du ciel. De sa tombe, me dit une amie de Tel-Aviv, Sartre est sorti pour te porter secours. Mais pourquoi Bernard avait-il inventé ce personnage : moi ? C'est qu'il allait, lui aussi, de ville en ville, cassant sur son chemin “l'idéologie française”, à la recherche, comme chacun, du feu qui le brûle. “Un point de transcendance”, demandait-il de livre en livre.

Devant la ville en flammes, Abraham s'interroge, et lui apparaît le Maître de la ville.

Dans l'endurance de cette interrogation, nous nous rencontrons. D'où vient, inattendu, tellement attendu, ce petit peu de fraternité ? Je réponds sans hésiter : du regard paternel entrevu dans le texte d'Emmanuel Lévinas.

L'Institut Lévinas, à Jérusalem, vient de naître.

Benny Lévy



Bernard-Henri Lévy

De l'un, Alain Finkielkraut, me séparent Péguy, les petites nations, l'idéologie française ou non, son romantisme, mon goût de l'esprit moderne et de la technique, Sartre (qu'il n'aime guère), Arendt (que je ne connais pas bien), quelques polémiques locales, quelques autres qui ne le sont pas, ma métaphysique et sa politique, l'inverse, le cas Heidegger.

De l'autre, Benny Lévy, me distinguent, encore que de façon infiniment moins décisive, le passé militant, le présent et le futur sionistes, le rapport à Israël et à l'exil, la question Spinoza, la foi, Aqiba (auquel je préfère, et de loin le Maharal de Prague), le nom présumé du Messie (auquel je le soupçonne de songer, parfois, en secret), la part respective, dans nos vies, de l'étude et de l'action, de la prière et du souci du monde.

Qu'entre l'un, l'autre et le troisième s'instaure, à dater d'aujourd'hui, non pas un “dialogue”, ou un “débat”, mais un espace de pensée menée en commun, voilà qui ressemble à un petit miracle philosophique.

Que ce miracle soit, non seulement possible, mais à l'œuvre, d'ores et déjà à l'œuvre à dater, donc, de cet instant, nous le devons à la présence, en chacun de nous, du nom, du visage, des textes de Lévinas.

Qu'est-ce qu'un miracle en philosophie ? C'est la question que, dans l'ombre, justement, de cette œuvre immense, dans la compagnie de notre hôte (double sens du mot hôte, chez Lévinas) de ce soir, il faudra tenter, aussi, d'élucider.

Bernard-Henri Lévy



Alain Finkielkraut

Quand j'ai rencontré Benny Lévy en 1980, il sortait du militantisme et il n'avait pas encore opéré son “retour”au judaïsme orthodoxe. Dans le cadre d'un projet de “reportages d'idées”conçu par Michel Foucault pour le Corriere della Sera, nous sommes allés en Israël et en Égypte enquêter sur la fragile logique de paix mise en œuvre, grâce au voyage de Sadate à Jérusalem, entre les deux pays. Benny Lévy se méfiait un peu de moi. Le Nouveau Désordre amoureux que j'avais écrit avec Pascal Bruckner, me valait dans son réseau l'épithète (flatteuse) de “libidinal”. Et, pour ma part, je me demandais anxieusement dans l'avion ce que j'allais faire avec le chef historique d'une organisation maximaliste et sectaire. L'improbable tandem du libidinal et du psycho-rigide a néanmoins tenu bon.

Emmanuel Lévinas que nous aimions déjà l'un et l'autre, que nous lisions avidement et dont nous ne tirions pas tout à fait les mêmes leçons, nous a permis de surmonter nos préjugés mutuels sans pour autant combler la distance qui nous séparait. Celle-ci s'est même accrue avec l'évolution de Benny Lévy. Il étudie les écritures et leurs commentaires ; quel qu'ait pu être, par ailleurs, mon propre parcours, je souscris sans réserve à l'exégèse délicieusement laïque que propose Saul Bellow de l'expression “heureux comme Dieu en France” naguère employée par les Juifs d'Allemagne et d'Europe de l'Est : “Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu'il n'y serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d'interprétation de délicates questions diététiques. Environné d'incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu, tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu'une terrasse tranquille au crépuscule”.

Mais pour des raisons lévinassiennes et non pychologiques, l'amitié a survécu à la distance.

La ligne de fracture passe aujourd'hui entre ceux, de plus en plus rares, qui continuent à faire le pari formulé en ces termes par Lévinas : “Ce qu'on dit écrit dans les âmes est d'abord écrit dans les livres”, et ceux, toujours plus nombreux, qui ferment les livres pour philosopher à neuf, ou qui pensent que la science a réponse à tout, ou qui enfin, confortablement installés dans le relativisme, comme d'autres jadis dans le dogme, sacrifient la recherche de la vérité à la reconnaissance des identités et la grande énigme humaine au règne de l'équivalence. Contre l'extase technique ou multiculturelle, il s'agit dans l'Institut Emmanuel Lévinas, de contribuer par un dialogue exigeant et sans concession à la vie de l'esprit.

Alain Finkielkraut

 

  L'Institut en images
Benny Lévy a accordé deux interview à IsraTV pour présenter l'Institut d'études lévinassiennes. Pour accéder à ces vidéos, cliquez sur les images ci-dessous. Attention, vous devez posséder le logiciel Real Player (gratuit). Télécharger RealPlayer


Commentaire d'IsraTV :
Benny Lévy donne la leçon. Directeur de l'Institut d’études lévinassiennes à Jérusalem, Benny Lévy, ancien secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre, nous fait découvrir l’univers philosophique d’Emmanuel Lévinas à travers des cours hebdomadaires qu’il nomme « La Leçon Philosophique ». Entre religion, philosophie et judaïsme, Benny Lévy resitue la pensée d’un grand nom de la philosophie. (6 mn) Langue : Français


Commentaire d'IsraTV :
Inauguration de l’Institut d’études lévinassiennes le 30 octobre 2000 - Thème de la leçon inaugurale : « Le temps de la Phénoménologie à l’eschatologie Messianique ». Benny Lévy, directeur, nous présente l’institut. (3mn10) Langue : Français

Ces interviews peuvent être retrouvées dans la section Culture du site d' IsraTV.

 


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