Qu’est-ce que j’attends de l’Institut d’Études Lévinassiennes, par exemple ? Que ce soit un Institut de guerim tochavim, un Institut d’étrangéisation du sekhel, de l’intellect ! Qu’est-ce que cela veut dire, « étrangéisation de l’intellect », aujourd’hui ? Cela veut dire : lutte impitoyable contre la doxa, contre l’opinion. Il y a une dictature généralisée de l’opinion, en particulier sous la forme d’une vision politique du monde ; il faut et il suffit d’être étranger à cela pour appartenir à l’esprit même de l’Institut d’Études Lévinassiennes ! C’est tout !
Lévinas et le grec, Cahiers d'études lévinassiennes, Hors-Série, Benny Lévy, 2005, p. 25
Pour nous, la crise de l’idéal humain, fût-il d’origine grecque ou romaine, pour nous, cette crise s’annonce dans l’antisémitisme qui est en son essence la haine de l’homme autre, c’est-à-dire la haine de l’autre homme. Triste privilège que d’être élu pour percevoir, dans la simplicité d’une sensation, l’écroulement d’un monde et dans le retour éternel de la question juive, le retour des questions métaphysiques !
Mais prémonition. Et déjà dans le sens étymologique du terme martyr, attestant que le sens de l’humain n’est pas seulement mal protégé mais peut-être mal formulé dans l’humanisme gréco-romain ; que le sens de l’humain n’est pas épuisé par les humanités, qu’il n’est pas prémuni contre un glissement d’abord insensible, et à la fin, fatal. Fragilité de l’humain dans cet humanisme ? Oui. Rappelez-vous la progression de la croix gammée acclamée pas les foules […] Progression faisant “gravement réfléchir” les intellectuels et les humanistes ! les faisant réfléchir parce que malgré toute sa générosité, l’humanisme occidental n’a jamais su douter des triomphes, n’a jamais su comprendre les échecs, ni penser une histoire à laquelle les vaincus et les persécutés pourraient prêter quelque sens valable.
La théorie politique de l’Occident à laquelle veillaient les plus grands philosophes et les savants les plus grands, de Platon à Hegel et Marx, suffit-elle à l’équilibre d’une humanité ? Voilà la question à laquelle correspond peut-être tout bêtement le besoin d’une éducation juive. Tout bêtement ! Un besoin de “Kacherout”. Difficile liberté, Le livre de poche, 1997, p. 391-392
L'Autre rive, émission radio de l'Institut d'études lévinassiennes
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